Bonjour,
Je vous fais part d'une expérience menée ces dernières semaines, à savoir peindre avec une matière première faite soi-même.
D'abord, les motivations premières : pourquoi se lancer dans la fabrication d'une peinture ?
1. Je voulais quelque chose qui ne soit pas toxique, ce qui suppose de maîtriser l'ensemble de la chaîne de fabrication (au mieux) ou au moins de savoir quelles matières premières sont utilisées ;
2. Je me suis demandé comment on pouvait peindre avant l'invention des peintures acryliques ou glycéro ;
3. Je savais qu'on pouvait fabriquer de la peinture en recourant aux protéines contenant dans le lait (sous forme ou celle du fromage blanc) et de la chaux.
J'ai donc effectué quelques recherches et expérimentations, dont voici le compte rendu, qui vaut pour un mur recouvert d'une plaque de plâtre cartonnée déjà peinte.
Nettoyage des murs
1. Bien nettoyer la surface à peindre avec une préparation à base de soude (lessive Saint-Marc ou autre : il doit y avoir mieux)
Badigeon
2. La surface bien sèche, reboucher les plus gros trous avec un enduit. On peut le faire soi-même avec un mélange d'eau et de chaux hydraulique, qui doit avoir un aspect pâteux ; on limitera les reliefs superficiels en utilisant un couteau à mastic assez large. Pour les fissures et trous minimes, ne rien faire.
3. Préparer un mélange chaux-eau plus liquide que l'enduit précédent : un volume d'eau et un volume de chaux. On ajuste la proportion d'eau pour obtenir une texture proche d'une pâte à crêpes.
On étale le mélange généreusement avec un pinceau très large (j'ai utilisé une brosse qui sert à encoller le papier peint). Le travail est rapide, mais on voit les traces du pinceau. Je les ai laissées, mais on peut passer un rouleau ou une brosse large moins grossière pour arriver à une meilleure finition.
Quoi qu'il en soit, c'est lors de cette phase que les fissures vont être bouchées.
Enfin, on peut considérer que cette application sert d'accroche à la peinture définitive, mais j'ai l'impression que ce n'est pas indispensable si le support est propre (pas de trous) et uni (voir point 4).
4. Variante. Si on a un fond comportant différents coloris ou des nuances marquées (traces sombres, ou parties claires correspondant à des trous rebouchés), il faut l'uniformiser. Pour cela, on fait un badigeon d'eau et de blanc de Meudon (ou d'Espagne ou de Paris, selon les appellations) qui a l'avantage d'opacifier la surface.
J'ai eu recours à ces deux procédés successivement : chaux puis blanc de Meudon.
5. Dans le cas où des cloques apparaissent au séchage (cela m'est arrivé), pas de panique inutile : laisser sécher quelques heures, puis enlever les parties qui se décollent (pas d'excès) avec une spatule. Rebadigeonner (deux couches, sinon trois).
Peinture
6. J'ai retenu le lait écrémé (exclusivement), ayant relevé quelques (rares) témoignages faisant état d'apparition de moisissures dans le cas d'utilisation du fromage blanc. Mon choix n'est qu'une précaution : la chaux (et le blanc de Meudon) doit suffire à éviter la prolifération des bactéries et des champignons.
Le recours au lait vaut pour les protéines qu'il contient, qui servent de liant. C'est la raison pour laquelle toute graisse est inutile et même néfaste.
Les proportions qui ont donné les meilleurs résultats (après quelques tests) sont celles-ci (suffisant pour deux couches appliquées sur 8 à 10 m2) :
- 1 litre de lait écrémé (sert de liant) ;
- 800 à 900 g. de blanc de Meudon (opacifiant) mélangé à 200-300 de chaux (hydraulique ou aérienne, cette dernière séchant plus vite, sauf erreur de ma part) ;
- 1/4 à 1/3 de l. d'huile de lin (pour l'aspect satiné).
Remarque : il est préférable d'aller jusqu'à un tiers de litre d'huile de lin et de réduire la part de lait dans ce mélange. J'ai pu arriver à un mélange onctueux (texture proche de la peinture du commerce) qui peut être appliqué au rouleau.
La préparation est réalisée en quelques minutes, et peut être appliquée tout de suite, telle quelle. Le résultat est intéressant : le lait et l'huile permettent d'avoir une surface nette (pas de trace sur les doigts), non farineuse (comme on peut l'avoir après le badigeon de chaux ou de blanc de Meudon). La couleur est proche du sable.
On peut ajouter un pigment naturel ou des oxydes. La proportion est de 50 g. environ pour notre mélange. Il y a une dose maximale qu'il n'est pas utile de dépasser en raison d'un effet de saturation : avec 200 g. de pigment, vous n'obtiendrez pas une teinte plus intense. À noter : le résultat final sera, après séchage), moins intense que la préparation, et est assez proche des pastels.
Pour le blanc, j'ai essayé un mélange de blanc de Meudon et de lait écrémé : le résultat est correct, mais on doit pouvoir faire mieux (la couleur finale n'est pas lumineuse).
Pour l'application, compter deux à trois couches.
Le rouleau donnera une surface unie, mais on peut avoir un effet "ombré" avec une brosse. Dans les deux cas, on fait des passages croisés, mais attention aux marges qui seront plus marquées que le centre peint. Pour limiter cela, je préconise un étalement important de la peinture, en faisant de grands gestes avec la brosse, puis de passer une brosse sèche pour atténuer l'intensité des marges. Le résultat sera beaucoup plus doux.
En conclusion, faisons le point sur les avantages et les inconvénients du procédé.
Inconvénients :
- difficulté de maîtriser l'application des préparations ;
- difficulté d'obtenir les textures optimales ;
Mais dans les deux cas, on arrive assez rapidement à des résultats honnêtes. Pour ma part, je me suis servi d'une petite pièce pour faire quelques tests d'application.
- impossibilité de laver la surface.
Avantages :
- nettoyage des brosses, pinceaux et rouleaux (et de la pièce) très facile : on le fait à l'eau ;
- pas d'odeur, sauf celle de l'huile de lin (assez atténuée). On a, en tout cas, quelque chose de frais ;
- une pièce saine (la chaux sont très efficaces contre les acariens) ;
- possibilité de rénover les pièces peintes ainsi assez souvent, une fois la fabrication et l'application maîtrisées ;
- un coût écologique assez faible. Au titre de l'énergie "grise", on a tout de même la fabrication de la chaux et du blanc de Meudon (obtenus par chauffage du calcaire), le transport des matières premières, etc. Mais pas de peinture synthétique polluante ;
- un coût économique assez faible : un sac de chaux de 35 kg coûte environ 12 euros ; un bidon de 5 l. d'huile de lin est à 18 euros (1 l. est suffisant pour une pièce) ; le litre de lait est à 50 centimes (environ) ; un sac d'un kilo et demi de blanc de Meudon est à 4 euros. On est loin des prix du commerce ;
- la satisfaction d'arriver à fabriquer une matière qu'on s'approprie d'autant mieux.
Frédéric Stévenot